dimanche 14 août 2011

Les petits riens à Tel Aviv_3 : Shouk et français ne font pas bon marché!

       En août, Tel Aviv est investie par les français. C'est bien simple, ils sont partout. Qu'ils déambulent sur la croisette, pullulent sur la plage ou mandibulent aux terrasses des restaurants, on ne voit qu'eux, et encore plus gênant, on n'entend qu'eux. Deviner le "juif parisien", à ses expressions désabusées ou aux mœurs vestimentaires frivoles, devient alors le jeu à la mode -et légèrement antisémite- pratiqué à la pause déjeuner ou lors des sorties nocturnes.

      Même le Shouk Hacarmel, l'endroit israélien par excellence, le saint des saints de Tel Aviv est envahi! Certes on y entend toujours les vociférations des marchands de fruits et légumes (Shéva bééser!! Shévaaa bééser!! yallah !), on y contemple encore les étalages d'épices, de gâteaux arabes ou les devantures des fromageries. Mais l'atmosphère est désormais lourde de bleu-blanc-rouge: on croise une bonne douzaine de compatriotes au mètre carré. Au mieux, ils cherchent à se fondre dans le décor à coup de kama zé holé, à l'accent prononcé ; au pire, ils ne font aucun effort et là ça donne du: "Maman, maman, attends moi, j'ai vu des tee-shirts trop pas chers!! File-moi 50 shekels, allez, steup-plaît", du "Allo t'es où? Nous au marché, ouais ouais c'est good mais c'est complètement bliiiindé.." du "On fait quoi ce soir? Chais pas j'suis crevé", ou du " Je kiffe le shouk" (la dernière phrase fait état d'un esprit à mi-chemin dans la typologie précédemment dressée, à savoir le français qui réinvestit son vocabulaire hébreux à la sauce francophone).

       Outre la perte d'exotisme qu'il engendre, ce cadre hexagonal imposé présente d'autres inconvénients.1.Une montée générale des prix , certes logique pour la pleine saison, mais surement stimulée par la frénésie du porte-monnaie de nos amis gaulois. 2. Une réduction considérable de la marge de négociation. Que vous la preniez ou pas, il la vendra cette casquette! 3. Une inclination croissante du vendeur israélien à vous entuber aux instants stratégiques de vos emplettes: à l'annonce du prix, de la pesée, et même à la remise de la monnaie. Il faut alors sortir les dents, bander les muscles, et débiter votre hébreux le plus pur afin d'épater le commerçant, et sauver quelques maigres agourot. A ce rythme, acheter trois légumes devient vite un sport éreintant et c'est kol kar épuisé que vous sortez du shouk, en maudissant ces maudits franç... et zut, c'est vrai que vous en êtes un également.
 



















samedi 6 août 2011

Le printemps en Israël ?


En Israël le mouvement de protestation se poursuit et prend de l'ampleur. Une manifestation hebdomadaire a lieu chaque samedi soir, depuis trois semaines. Aujourd'hui, elle rassemblait 300.000 personnes, plus du double de la semaine dernière. Est-il alors approprié de parler de printemps israélien ? Déjà les analystes se plaisent à joindre ce qui se passe en Israël aux bouleversements des pays arabes de la région. Certes, quelques-uns vous diront que toute comparaison est hors de propos: les évènements en Israël se déroulent de manière non-violente et n'ont pas (encore) fait de victimes. Surtout, les revendications sont d'ordre économique et ne prétendent pas au renversement d'un système autoritaire. Et oui, malgré les nombreux défauts qu'on peut lui alléguer, on doit bien admettre qu'Israël est (encore_bis) une démocratie. Pas de tank donc à Tel Aviv, mais le blocage aux voitures, organisé par la police, des principales artères empruntées par le cortège.

Printemps arabe et manifestations israéliennes, rien à voir donc? Pas si sûr. Les revendications, s'il est vrai qu'elles ont pour origine un sursaut purement économique dépasse aujourd'hui de simples demandes sur le pouvoir d'achat. Le mot d'ordre de ces derniers jours parmi les protestants, celui scandé dans les cortèges n'est pas moins que Justice sociale, we want social justice. Le champs des revendications s'est d'ailleurs étendu: ce qui a commencé par le prix du cottage et de l'immobilier atteint les domaines de l'éducation, des childcares, la question des subventions accordées aux orthodoxes, l'appartenance de la terre, etc.. Cette demande de justice sociale va main dans la main avec un esprit idéaliste proche de celui des premiers kibboutzim. Dans la « communauté des tentes » sont ainsi proposés divers services gratuits comme la coupe de cheveux, la pause café, ou le déjeuner. En son sein, on s'appelle déjà la nouvelle génération en marche, on enjoint l'ensemble de la société à la rejoindre. La société israélienne est d'une manière générale admirative et solidaire de la lutte engagée par ses jeunes, à l'image du nostalgique écrivain Amoz Oz, qui en appelle aux israéliens des années 50, les faiseurs d'un Etat. C'est, d'après lui, cette unité perdue, que quête avec courage et sagacité la jeunesse israélienne aujourd'hui.

En ce sens, on peut penser – espérer ?- que printemps arabe et récent bouleversement de la société israélienne partagent un point commun criant et crucial: ils sont tout les deux les appels pressants à un renouveau. Des événements d'une même essence, donc, ce qui, dans une certaine mesure, est une bonne nouvelle. Cela signifie qu'Israël est un acteur du Moyen-Orient à part entière et (presque) normalisé, étant à la fois l'objet et l'instigateur d'influences auprès des autres pays de la zone.

mardi 26 juillet 2011

Rothschild vs. Sdérot Haoélim !

L'avenue Rothschild, véritable cardo de Tel aviv, réputée pour ses arbres, son calme, ses cafés, la bima (le centre culturel de la ville), et le prix de son mètre carré, fait l'objet d'une invasion peu commune: une forêt de tentes a poussé sur tout son long! Tout a commencé il y a environ dix jours, avec la proposition de la jeune Daphni Leed, lancée sur facebook, en protestation contre le prix (délirant) de l'immobilier  israélien. A titre d'exemple les prix de location et de vente à Tel aviv sont comparables aux prix parisiens, pour un salaire moyen environ 1,5 moins élevé. Expliquer la récente explosion des prix sur le marché israélien (+ 16% par an depuis 2007) est de toute évidence complexe. Certes, la conjecture macroéconomique d'après-crise explique en partie le phénomène : -en deux mots-, une baisse du taux d'intérêt, conduisant les investisseurs à placer dans la pierre, avec effet boule de neige, quand les spéculateurs s'y mettent aussi.  Mais, il est également vrai que la passivité du gouvernement quant à la chape de plomb bureaucratique qui pèse sur le secteur du bâtiment et ses refus constants à financer des affordable housing programs ne sont pas étrangers à cette envolée des prix.

Quoi qu'il en soit,  les שדריות האהלים, les rues des tentes, se sont bientôt imposées dans toutes les grandes villes du pays, et leurs habitants comptent tenir bon jusqu'à une réponse adéquate du gouvernement. La rue des tentes rassemble une population assez hétéroclite, du baba-cool anarchiste avec ses 4 bergers allemands au jeune cadre marié et aux aspirations d'accès à la propriété en berne. Les protestations s'expriment alors de multiples manières: on a le prosaïque אני כאן  כי אין בְּרִירָה , là parce que pas le choix, le pince-sans-rire קוראות בתלוש, on appelle ça être en slip, le concis דירה + שלטון = אסוך, appart+ législation = d'la merde ou le peace-and-love רוצים הרמוניה לא הגמיניה, on veut l'harmonie et non l'hégémonie.

Le gouvernement, lui, semble vouloir gérer le phénomène avant qu'il ne "dégénère" en véritable crise sociale. Bibi a invité les manifestants à une table ronde et  a déjà annoncé la construction de 10.000 logements spécialement destinés aux étudiants et jeunes couples dont la moitié sera mise en vente, et l'autre louée et gérée par l'État. Toutefois ce programme semble peu ambitieux face à un déficit logement, évalué entre 80.000 et 120.000. Et dans tout les cas, le laps de temps à la réalisation de ces logements peut laisser penser que la baisse des prix ne sera pas immédiate.

Ce mouvement social fait bien sûr écho au phénomène du boycott du cottage, débuté en juin.D'aucuns disent déjà que l'heure du changement est venue. Ils se félicitent d'une révolution sociale en marche et prédisent sous peu la propagation de ces mouvements à l'ensemble des sujets de société, du coût de transports, au régime des retraites, en passant par les conditions du travail. On appelle d'ailleurs sur facebook à une grève générale dans tout le pays pour le 1er août.  On a le droit cependant d'être plus sceptique. Car ces protestations attaquent la partie immergée de l'iceberg: elles s'en prennent à la perte du pouvoir d'achat pour les 4/5 de la population au profit du dernier cinquième, conséquence des politiques ultra- libérales menées par le likoud sur la dernière décennie, et non pas à ces politiques elles-même, et au système qu'elles ont fondu. Malgré ce que peuvent dire certaines affiches, elles ne sont pas le cri des nouveaux esclaves, mais des nouveaux pauvres. Leur seule origine est un mal-aise dans la capacité à acheter, leur unique champs d'action est celui du consommateur. On peut craindre alors qu'après quelques miettes lâchées par le gouvernement, les protestations s'essoufflent et s'évanouissent aussi vite quelles sont apparues.

Quoi qu'il en soit,  les שדריות האהלים, les rues des tentes, se sont bientôt imposées dans toutes les grandes villes du pays, et leurs habitants comptent tenir bon jusqu'à une réponse adéquate du gouvernement. La rue des tentes rassemble une population assez hétéroclite, du baba-cool anarchiste avec ses 4 bergers allemands au jeune cadre marié et aux aspirations d'accès à la propriété en berne. Les protestations s'expriment alors de multiples manières: on a le prosaïque אני כאן  כי אין בְּרִירָה , là parce que pas le choix, le pince-sans-rire קוראות בתלוש, on appelle ça être en slip, le concis דירה + שלטון = אסוך, appart+ législation = d'la merde ou le peace-and-love רוצים הרמוניה לא הגמיניה, on veut l'harmonie et non l'hégémonie.

Le gouvernement, lui, semble vouloir gérer le phénomène avant qu'il ne "dégénère" en véritable crise sociale. Bibi a invité les manifestants à une table ronde et  a déjà annoncé la construction de 10.000 logements spécialement destinés aux étudiants et jeunes couples dont la moitié sera mise en vente, et l'autre louée et gérée par l'État. Toutefois ce programme semble peu ambitieux face à un déficit logement, évalué entre 80.000 et 120.000. Et dans tout les cas, le laps de temps à la réalisation de ces logements peut laisser penser que la baisse des prix ne sera pas immédiate.

Ce mouvement social fait bien sûr écho au phénomène du boycott du cottage, débuté en juin.D'aucuns disent déjà que l'heure du changement est venue. Ils se félicitent d'une révolution sociale en marche et prédisent sous peu la propagation de ces mouvements à l'ensemble des sujets de société, du coût de transports, au régime des retraites, en passant par les conditions du travail. On appelle d'ailleurs sur facebook à une grève générale dans tout le pays pour le 1er août.  On a le droit cependant d'être plus sceptique. Car ces protestations attaquent la partie immergée de l'iceberg: elles s'en prennent à la perte du pouvoir d'achat pour les 4/5 de la population au profit du dernier cinquième, conséquence des politiques ultra- libérales menées par le likoud sur la dernière décennie, et non pas à ces politiques elles-même, et au système qu'elles ont fondu. Malgré ce que peuvent dire certaines affiches, elles ne sont pas le cri des nouveaux esclaves, mais des nouveaux pauvres. Leur seule origine est un mal-aise dans la capacité à acheter, leur unique champs d'action est celui du consommateur. On peut craindre alors qu'après quelques miettes lâchées par le gouvernement, les protestations s'essoufflent et s'évanouissent aussi vite quelles sont apparues.

dimanche 24 juillet 2011

Les petits riens à Tel Aviv_2

    Que l'on soit sensible ou non aux charmes des tel-avivoises, une évidence saute à tous les yeux : Tel aviv abrite une véritable institution du tatouage! A croire que se faire marquer la peau est un rite de passage à l'âge adulte, qui se ferait quelque part entre Tsahal et le début des études. On en trouve de tous types, toutes formes, tous styles: tribal, polynésien, gothique ; bien que les old et new schools ont la préférence du public féminin. Sur ces corps sveltes et bronzés,  il  y a ceux que l'on voit, et puis ceux que l'on devine, à moins d'être plus entreprenants. Nullement besoin cependant de forcer vos talents de séduction auprès des 100.000 jeunes femmes de Tel Aviv ; il suffit de commencer vos investigations sur la plage pour bientôt avoir une bonne idée du sujet et de l'engouement qu'il suscite chez la jeune population israélienne.

    Les Tel-avivois aiment les tatous ; et alors me diriez-vous? Pas de quoi injecter un post, -toutefois nullement indélébile-, dans un blog? C'est qu'il me reste à vous aiguiller sur une information quelque peu insolite aux regards des dernières considérations : la prohibition des cimetières juifs à toute personne tatouée. Peut-être pensez-vous comme moi. Cela risque de poser de sacrés problèmes en 2060, lorsque qu'il s'agira d'enterrer papi ou mamie qui, ô stupeur, aborde un diable ricanant, Marie Poppins, ou  "Fuck God", sur l'avant-bras, l'omoplate ou le haut des fesses (ridées, cela va de soi). Alors que reste-il? La fosse commune, le cimetière goy, la mer Méditerranée? Être un paria pour l'éternité, à cause d'une petite folie de jeunesse, un peu sévère, non?  Heureusement, à toute religion, sa solution : il suffira de prévoir le coup en veillant à se faire enlever de manière posthume l'objet du délit. (Notez ici cette profession plein d'avenir en Israël, le croquemort détatoueur) C'est un peu comme les indulgences chez le catholique, le hajj tardif chez le musulman, le temple votif chez le patricien romain, ou encore ; comme regagner le giron des bons croyants après une vie affranchie de toute contrainte religieuse.

mardi 19 juillet 2011

Facettes israéliennes

               Une amie me demandait la semaine dernière comment je trouvais la vie en Israël   et, par extension, les gens ici. Malgré des méninges à plein régime, mes capacités linguistiques m’ont seulement permis de prendre l’air inspiré pour finalement lâcher un vague :  « אנשים נחמדים», les gens sont sympas. La soirée continua, le sujet ne revint pas sur la table. La question restait pourtant en suspens. En quoi les israéliens, leur mentalité et leur comportement diffèrent des nôtres dans l’Hexagone ? Voici donc quelques une de leur facettes, qui, tour à tour,  nous surprennent, nous enchantent ou nous déroutent. De toute évidence, la vision délivrée ici n’est que partielle et subjective ; mais une fois en Israël peut-être en retrouverez vous quelques traits chez vos amis autochtones.

                La première surprise que nous réserve Israël est  assurément la douceur de l'existence. Les gens, ici, ont pour ainsi dire la joie de vivre aux lèvres. Ce serait-on trompé d’aéroport ?  Sacré contraste avec une représentation souvent négative, gavée d’images alarmistes que délivrent nos média sur ce pays. A cette douceur s’allie la vitalité qui anime la jeunesse israélienne, comme le pays entier - jeune lui aussi du reste. Les tensions qu'engendrent les conflits israélo-palestinien et israélo-arabe sont peu visibles. On sent au contraire, mais peut-être n'est-ce pas sans rapport, comme un empressement de vivre, d’être heureux et ensemble.

    Après quelques temps à vivre et travailler,  un autre trait s’impose : la facilité du contact, la simplicité des rapports qui prévalent ici et prennent le pas sur la politesse  guindée et vieille-Europe qui régit (encore) la plupart des relations sur le continent : professionnelle, de voisinage, et même parfois dans la fonte d’une amitié.  A Tel Aviv, semble-t-il, tout le monde connaît tout le monde. Un  chauffeur de l’ambassade connaît le bras droit de Bibi. Le patron de « Babait » connaît le colonel en chef de Tsahal. Et tout ce petit microcosme discute, pêle-mêle, à la terrasse des cafés et des restaurants en bord de mer. Cette atmosphère de mixité, d’égalité,  de mise en parenthèse du statut social dans les rapports,  persiste en Israël. Elle est propre aux États en formation, aux peuples en marche, et préside les époques de grands changements, où tout paraît possible.  Dès lors, la liberté dans l’échange est très forte dans ce pays. La franchise et la spontanéité israéliennes  concourent à cette simplicité des contacts. Dans la rue, sur la plage ou au travail, des gens inconnus s’interpellent à coup de ילדים  «iéladim », les enfants,  ou de חברים « haverim », les amis. Le langage amoureux est lui aussi à la fête. Les présentations d’usage sont pour le moins brèves, et l’on se donne bien vite des affectueux « iakara », « hamout », motek  ou même du  נשמה שלי "nachema", mon âme. (Enfin, là, vous êtes un peu achsim sur les bords..) Dans les milieux professionnels et académiques, rencontrer de hauts responsables ou des professeurs émérites, et partager avec eux une discussion autour d’un café  est quelque chose de facile et d’accessible à tous.  Bien sûr, cette atmosphère s’amenuise à mesure qu’Israël  avance. La relation des israéliens au pouvoir et à leur  gouvernement, s’est considérablement occidentalisée  ces dernières décennies. Mais la ressentir aujourd’hui encore nous rappelle en quoi Israël reste un pays en devenir, et qu’en ce sens, nous devenons en quelque sorte les acteurs aussi petits soient-ils, d'une histoire.
            
      Une dernière marque de la société israélienne m’a étonné. Ce fut, à vrai dire, une surprise à retardement. Elle réside dans l’importance attachée au fait d’être juif, ou plus précisément, que le nouvel arrivant soit juif.  Quelle anomalie à cela, me diriez-vous, dans l’ État juif ?  Certes, mais après avoir découvert cette société laïque, ouverte et chaleureuse, cette soudaine gravité commune à l'ensemble de ses membres a de quoi vous désorienter. On ne parle même pas ici des populations religieuses et de leurs opinions discriminatoires qu'elles parviennent parfois à ériger en loi  (le mariage religieux obligatoire en est un exemple). C'est un élément plus subtile que l'on retrouve à chaque strate sociale et auquel on s'assimile bientôt. De l'incompréhension à s’entendre poser à toute occasion la question, on en vient bientôt à la poser soi-même aux gens étrangers que l'on rencontre: Are you Jewish? Bien sûr, aucune animosité en cas de réponse négative ne vous sera démontrée, mais plutôt, une légère différence de ton, peut-être inconsciente, qui relève cet état d’esprit commun à l’ensemble des (juifs) israéliens: un juif en Israël est un frère qui revient. Il est d’ailleurs surprenant de constater que les israéliens ont beaucoup de mal à saisir le conflit intérieur que peut connaître un membre de la diaspora entre le fait d’être juif et celui d’appartenir à une nation, autre que celle du peuple juif.  Pour eux, un juif vient de France, du Royaume Uni ou d’Allemagne, mais n’est pas français, anglais ou allemand. La question suivant à celle du Jewish or not Jewish est d’ailleurs souvent exprimée en hébreux : Meain ata ? (ou avec la faute de grammaire courante mieifo ata ?). Cela veut dire d’où tu es ?, et appelle une réponse du type : de France. Ou en d’autres mots, mon pays d’origine, mon pays de départ est la France. Si vous êtes juif, la réponse אני צרפתי, ani tsarfati, je suis français, est hors contexte. Et hors contexte également la question des plans futures en Israël si vous ne l'êtes pas.

vendredi 24 juin 2011

Prochaine flottille vers Gaza: parlons en maintenant !

Une autre flottille humanitaire est sur le point de prendre la mer en route pour Gaza. Malgré l’abstention turque, Free Gaza Movement a réitéré sa détermination.  Si l’annonce du gouvernement israélien ne change pas d’un iota de la position prise lors de l’été dernier, et utilise une propagande quelque peu vulgaire (les mots hatred flottilla semble vraiment hors de propos) ; la société israélienne est plus divisée sur la question. On en parle d’ailleurs davantage que dans l’hexagone: un article dans les principaux sites médiatiques israéliens sur le sujet recueille au bas mot une cinquantaine de commentaires et opinions, dont de nombreuses critiques à l’encontre du blocus économique, alors que l'unique article du Monde faisant état de la volonté israélienne d'intercepter la flotte n'a donné lieu qu'à trois pauvres remarques, béotiennes et antisémites. Alors certes, cela concerne Israël au premier chef, mais lors du drame de 2010, les Français se sont soudain passionnés pour l’affaire, en condamnant virulemment Israël. Un peu facile de s’intéresser à un sujet seulement après son dénouement sanglant. Ce post a donc pour principale but de lancer quelques pistes à une réflexion ex-ante quant à la légitimité et les objectifs des deux bords.

Dois-t-on considérer que les objectifs de l’expédition sont humanitaires ou politiques et médiatiques ? Ne nous y trompons pas : la flottille a pour but de dénoncer le blocus et d’attirer dessus le regard de la communauté internationale. Comme me l’a confié Gideon Levy (journaliste et pourfendeur de la politique israélienne à l’égard des palestiniens depuis de nombreux années), la portée humanitaire est symbolique. Pour autant, le but paraît légitime, pour ceux qui considère le blocus comme illégal et inacceptable. On s’explique alors pourquoi les activistes refusent de laisser contrôler leur cargaison par les IDF: ceci reviendrait à reconnaître un droit de regard, et donc de blocus, à Israël : précisément ce droit pris de force que les activistes cherchent à dénoncer. Une autre conséquence directe et - presque- paradoxale : les activistes  ont intérêt à se voir stopper par Israël, et si possible avec violence et affrontements, puisque c’est là le meilleur moyen de faire parler d’eux, et de rallier à leur cause gouvernements et citoyens du monde.

Pourquoi, peut-on se demander alors, Israël s’obstine à les arrêter ? Selon Gideon Levy, rien  ne le justifie. Israël n’a ni droit, ni intérêt à stopper une flottille, qui arrivée à Gaza, ne ferait plus parler d’elle. On peut cependant être sceptique devant un tel argument: une flottille passée serait une reconnaissance implicite par Israël de l’iniquité de son blocus et aurait peut-être pour conséquence une multiplication de tentatives de convois vers Gaza. Je ne discute pas ici de la légitimité ou de l’efficacité du blocus. La discussion est complexe et fera peut-être l’objet d’un prochain post. Loin d’être son défenseur, je pense cependant que restant aujourd’hui la politique d’Israël, la marge de manœuvre est réduite : une intervention a des conséquences négatives sur ce que pensent ses amis, une non-intervention aurait des conséquences dangereuses sur ce que pensent ses ennemis. Le "moins pire" est clairement la première option.

Ma conclusion est donc la suivante : 1. Cette expédition a un but médiatique et non humanitaire, qui du reste est nécessaire. 2. Israël n’a que peu d’option et se prêtera, à tord ou à raison, une nouvelle fois et pour le pire, à la provocation des activistes. Le désagrément causé par l’opprobre international pèse moins lourd dans la balance du gouvernement israélien que la peur de paraître aux yeux de son peuple et de ses ennemis, un pouvoir faible et malléable. 3. D’où ma question: pourquoi attendre d’éventuels nouveaux morts ou des blessés pour parler de Gaza, et dénoncer le blocus ? Les vrais amis d’Israël et des palestiniens, gouvernement, ONG ou société, ne devraient pas attendre un nouvel affrontement, et prendre les devant en France et ailleurs, pour exercer une véritable pression politique sur Israël et lui faire reconnaître l’inutilité et la cruauté du blocus économique, ce qui du même coup, rendrait obsolète une telle provocation. Oui mais voilà, il est à croire que seul le sang versé appelle à verser l’encre. Triste état des choses dans notre monde-spectacle gavé de violence.

vendredi 17 juin 2011

La Guerre du cottage aura bien lieu

Depuis le début du mois de juin, il souffle en Israël un vent de révolte à propos d'un sujet qui fâche aussi chez nous: le fromage! Ou plus précisément son prix. Un appel au boycott du cottage, fromage blanc grumeleux, étendard de la gastronomie israélienne a été lancé et regroupe déjà sur Facebook plus de 70.000 membres. Ce mécontentement fait suite à l'annonce au mois dernier d'une augmentation des prix des produits laitiers. De l'ordre de 5%, cette augmentation est surtout choquante car elle apparaît coordonnée entre les trois géants du secteurs Tnuma, Strauss et Tara. Profitant d'une situation d'oligopole, de l'absence de concurrence étrangère et de la libéralisation des prix opérée en 2006, ces compagnies n'ont cessé ces dernières années d'agrandir leur marge. Aujourd'hui les yaourts israéliens valent le double de ceux achetés en France, le fromage blanc est quant à lui près de deux fois et demi plus cher. C'est le cas de le dire: Tnuma, Strauss et Tara se font du beurre sur le dos du consommateur israélien. La grogne populaire est alors la conséquence d’un effet « ras le bol», la dernière augmentation étant en quelque sorte la goutte de lait qui fait déborder le vase. Certains vont d'ailleurs jusqu’à interpréter le boycott comme la manifestation israélienne du « nouveau printemps » qui touche les pays du Moyen- Orient.

Le boycott a déjà eu un certain impact dans la sphère politique. Si le gouvernement se refuse à discuter la restauration de prix-plafonds il a revanche annoncé que les contrôles encore existants ne seraient pour l’heure pas supprimés. Benjamin Netanyahu et le Ministre israélien des Finances, Yuval Steinitz, ont déclaré qu’ils étudieraient la possibilité d’une autorisation de l’importation de produits laitiers. Il s’agirait, selon Steinitz, de la plus sûre façon de faire baisser les prix des produits laitiers en Israël. La commission économique de la Knesset a prévu une discussion sur les prix alimentaires pour la semaine prochaine.

En réalité, la guerre du cottage soulève en Israël la délicate question de la protection du secteur agricole en général et des produits frais en particulier, dont les importations subissent des quotas et des taxes très contraignantes. Une des raisons, commune à d'autres pays, est la volonté politique de protéger ses producteurs et son agriculteur, au détriment du pouvoir d'achat de l'ensemble de la société. Mais il ne faut pas oublier qu'en Israël, la question d'autarcie alimentaire est également un enjeu de sécurité, si en cas de conflit ouvert, l'approvisionnement par les ports se faisait impossible.

Toujours est-il que ce matin, une promo spéciale était réalisé sur le cottage: deux pots pour le prix d'un. De quoi faire fléchir les boycotteurs ? Gageons que non.