mardi 26 juillet 2011

Rothschild vs. Sdérot Haoélim !

L'avenue Rothschild, véritable cardo de Tel aviv, réputée pour ses arbres, son calme, ses cafés, la bima (le centre culturel de la ville), et le prix de son mètre carré, fait l'objet d'une invasion peu commune: une forêt de tentes a poussé sur tout son long! Tout a commencé il y a environ dix jours, avec la proposition de la jeune Daphni Leed, lancée sur facebook, en protestation contre le prix (délirant) de l'immobilier  israélien. A titre d'exemple les prix de location et de vente à Tel aviv sont comparables aux prix parisiens, pour un salaire moyen environ 1,5 moins élevé. Expliquer la récente explosion des prix sur le marché israélien (+ 16% par an depuis 2007) est de toute évidence complexe. Certes, la conjecture macroéconomique d'après-crise explique en partie le phénomène : -en deux mots-, une baisse du taux d'intérêt, conduisant les investisseurs à placer dans la pierre, avec effet boule de neige, quand les spéculateurs s'y mettent aussi.  Mais, il est également vrai que la passivité du gouvernement quant à la chape de plomb bureaucratique qui pèse sur le secteur du bâtiment et ses refus constants à financer des affordable housing programs ne sont pas étrangers à cette envolée des prix.

Quoi qu'il en soit,  les שדריות האהלים, les rues des tentes, se sont bientôt imposées dans toutes les grandes villes du pays, et leurs habitants comptent tenir bon jusqu'à une réponse adéquate du gouvernement. La rue des tentes rassemble une population assez hétéroclite, du baba-cool anarchiste avec ses 4 bergers allemands au jeune cadre marié et aux aspirations d'accès à la propriété en berne. Les protestations s'expriment alors de multiples manières: on a le prosaïque אני כאן  כי אין בְּרִירָה , là parce que pas le choix, le pince-sans-rire קוראות בתלוש, on appelle ça être en slip, le concis דירה + שלטון = אסוך, appart+ législation = d'la merde ou le peace-and-love רוצים הרמוניה לא הגמיניה, on veut l'harmonie et non l'hégémonie.

Le gouvernement, lui, semble vouloir gérer le phénomène avant qu'il ne "dégénère" en véritable crise sociale. Bibi a invité les manifestants à une table ronde et  a déjà annoncé la construction de 10.000 logements spécialement destinés aux étudiants et jeunes couples dont la moitié sera mise en vente, et l'autre louée et gérée par l'État. Toutefois ce programme semble peu ambitieux face à un déficit logement, évalué entre 80.000 et 120.000. Et dans tout les cas, le laps de temps à la réalisation de ces logements peut laisser penser que la baisse des prix ne sera pas immédiate.

Ce mouvement social fait bien sûr écho au phénomène du boycott du cottage, débuté en juin.D'aucuns disent déjà que l'heure du changement est venue. Ils se félicitent d'une révolution sociale en marche et prédisent sous peu la propagation de ces mouvements à l'ensemble des sujets de société, du coût de transports, au régime des retraites, en passant par les conditions du travail. On appelle d'ailleurs sur facebook à une grève générale dans tout le pays pour le 1er août.  On a le droit cependant d'être plus sceptique. Car ces protestations attaquent la partie immergée de l'iceberg: elles s'en prennent à la perte du pouvoir d'achat pour les 4/5 de la population au profit du dernier cinquième, conséquence des politiques ultra- libérales menées par le likoud sur la dernière décennie, et non pas à ces politiques elles-même, et au système qu'elles ont fondu. Malgré ce que peuvent dire certaines affiches, elles ne sont pas le cri des nouveaux esclaves, mais des nouveaux pauvres. Leur seule origine est un mal-aise dans la capacité à acheter, leur unique champs d'action est celui du consommateur. On peut craindre alors qu'après quelques miettes lâchées par le gouvernement, les protestations s'essoufflent et s'évanouissent aussi vite quelles sont apparues.

Quoi qu'il en soit,  les שדריות האהלים, les rues des tentes, se sont bientôt imposées dans toutes les grandes villes du pays, et leurs habitants comptent tenir bon jusqu'à une réponse adéquate du gouvernement. La rue des tentes rassemble une population assez hétéroclite, du baba-cool anarchiste avec ses 4 bergers allemands au jeune cadre marié et aux aspirations d'accès à la propriété en berne. Les protestations s'expriment alors de multiples manières: on a le prosaïque אני כאן  כי אין בְּרִירָה , là parce que pas le choix, le pince-sans-rire קוראות בתלוש, on appelle ça être en slip, le concis דירה + שלטון = אסוך, appart+ législation = d'la merde ou le peace-and-love רוצים הרמוניה לא הגמיניה, on veut l'harmonie et non l'hégémonie.

Le gouvernement, lui, semble vouloir gérer le phénomène avant qu'il ne "dégénère" en véritable crise sociale. Bibi a invité les manifestants à une table ronde et  a déjà annoncé la construction de 10.000 logements spécialement destinés aux étudiants et jeunes couples dont la moitié sera mise en vente, et l'autre louée et gérée par l'État. Toutefois ce programme semble peu ambitieux face à un déficit logement, évalué entre 80.000 et 120.000. Et dans tout les cas, le laps de temps à la réalisation de ces logements peut laisser penser que la baisse des prix ne sera pas immédiate.

Ce mouvement social fait bien sûr écho au phénomène du boycott du cottage, débuté en juin.D'aucuns disent déjà que l'heure du changement est venue. Ils se félicitent d'une révolution sociale en marche et prédisent sous peu la propagation de ces mouvements à l'ensemble des sujets de société, du coût de transports, au régime des retraites, en passant par les conditions du travail. On appelle d'ailleurs sur facebook à une grève générale dans tout le pays pour le 1er août.  On a le droit cependant d'être plus sceptique. Car ces protestations attaquent la partie immergée de l'iceberg: elles s'en prennent à la perte du pouvoir d'achat pour les 4/5 de la population au profit du dernier cinquième, conséquence des politiques ultra- libérales menées par le likoud sur la dernière décennie, et non pas à ces politiques elles-même, et au système qu'elles ont fondu. Malgré ce que peuvent dire certaines affiches, elles ne sont pas le cri des nouveaux esclaves, mais des nouveaux pauvres. Leur seule origine est un mal-aise dans la capacité à acheter, leur unique champs d'action est celui du consommateur. On peut craindre alors qu'après quelques miettes lâchées par le gouvernement, les protestations s'essoufflent et s'évanouissent aussi vite quelles sont apparues.

dimanche 24 juillet 2011

Les petits riens à Tel Aviv_2

    Que l'on soit sensible ou non aux charmes des tel-avivoises, une évidence saute à tous les yeux : Tel aviv abrite une véritable institution du tatouage! A croire que se faire marquer la peau est un rite de passage à l'âge adulte, qui se ferait quelque part entre Tsahal et le début des études. On en trouve de tous types, toutes formes, tous styles: tribal, polynésien, gothique ; bien que les old et new schools ont la préférence du public féminin. Sur ces corps sveltes et bronzés,  il  y a ceux que l'on voit, et puis ceux que l'on devine, à moins d'être plus entreprenants. Nullement besoin cependant de forcer vos talents de séduction auprès des 100.000 jeunes femmes de Tel Aviv ; il suffit de commencer vos investigations sur la plage pour bientôt avoir une bonne idée du sujet et de l'engouement qu'il suscite chez la jeune population israélienne.

    Les Tel-avivois aiment les tatous ; et alors me diriez-vous? Pas de quoi injecter un post, -toutefois nullement indélébile-, dans un blog? C'est qu'il me reste à vous aiguiller sur une information quelque peu insolite aux regards des dernières considérations : la prohibition des cimetières juifs à toute personne tatouée. Peut-être pensez-vous comme moi. Cela risque de poser de sacrés problèmes en 2060, lorsque qu'il s'agira d'enterrer papi ou mamie qui, ô stupeur, aborde un diable ricanant, Marie Poppins, ou  "Fuck God", sur l'avant-bras, l'omoplate ou le haut des fesses (ridées, cela va de soi). Alors que reste-il? La fosse commune, le cimetière goy, la mer Méditerranée? Être un paria pour l'éternité, à cause d'une petite folie de jeunesse, un peu sévère, non?  Heureusement, à toute religion, sa solution : il suffira de prévoir le coup en veillant à se faire enlever de manière posthume l'objet du délit. (Notez ici cette profession plein d'avenir en Israël, le croquemort détatoueur) C'est un peu comme les indulgences chez le catholique, le hajj tardif chez le musulman, le temple votif chez le patricien romain, ou encore ; comme regagner le giron des bons croyants après une vie affranchie de toute contrainte religieuse.

mardi 19 juillet 2011

Facettes israéliennes

               Une amie me demandait la semaine dernière comment je trouvais la vie en Israël   et, par extension, les gens ici. Malgré des méninges à plein régime, mes capacités linguistiques m’ont seulement permis de prendre l’air inspiré pour finalement lâcher un vague :  « אנשים נחמדים», les gens sont sympas. La soirée continua, le sujet ne revint pas sur la table. La question restait pourtant en suspens. En quoi les israéliens, leur mentalité et leur comportement diffèrent des nôtres dans l’Hexagone ? Voici donc quelques une de leur facettes, qui, tour à tour,  nous surprennent, nous enchantent ou nous déroutent. De toute évidence, la vision délivrée ici n’est que partielle et subjective ; mais une fois en Israël peut-être en retrouverez vous quelques traits chez vos amis autochtones.

                La première surprise que nous réserve Israël est  assurément la douceur de l'existence. Les gens, ici, ont pour ainsi dire la joie de vivre aux lèvres. Ce serait-on trompé d’aéroport ?  Sacré contraste avec une représentation souvent négative, gavée d’images alarmistes que délivrent nos média sur ce pays. A cette douceur s’allie la vitalité qui anime la jeunesse israélienne, comme le pays entier - jeune lui aussi du reste. Les tensions qu'engendrent les conflits israélo-palestinien et israélo-arabe sont peu visibles. On sent au contraire, mais peut-être n'est-ce pas sans rapport, comme un empressement de vivre, d’être heureux et ensemble.

    Après quelques temps à vivre et travailler,  un autre trait s’impose : la facilité du contact, la simplicité des rapports qui prévalent ici et prennent le pas sur la politesse  guindée et vieille-Europe qui régit (encore) la plupart des relations sur le continent : professionnelle, de voisinage, et même parfois dans la fonte d’une amitié.  A Tel Aviv, semble-t-il, tout le monde connaît tout le monde. Un  chauffeur de l’ambassade connaît le bras droit de Bibi. Le patron de « Babait » connaît le colonel en chef de Tsahal. Et tout ce petit microcosme discute, pêle-mêle, à la terrasse des cafés et des restaurants en bord de mer. Cette atmosphère de mixité, d’égalité,  de mise en parenthèse du statut social dans les rapports,  persiste en Israël. Elle est propre aux États en formation, aux peuples en marche, et préside les époques de grands changements, où tout paraît possible.  Dès lors, la liberté dans l’échange est très forte dans ce pays. La franchise et la spontanéité israéliennes  concourent à cette simplicité des contacts. Dans la rue, sur la plage ou au travail, des gens inconnus s’interpellent à coup de ילדים  «iéladim », les enfants,  ou de חברים « haverim », les amis. Le langage amoureux est lui aussi à la fête. Les présentations d’usage sont pour le moins brèves, et l’on se donne bien vite des affectueux « iakara », « hamout », motek  ou même du  נשמה שלי "nachema", mon âme. (Enfin, là, vous êtes un peu achsim sur les bords..) Dans les milieux professionnels et académiques, rencontrer de hauts responsables ou des professeurs émérites, et partager avec eux une discussion autour d’un café  est quelque chose de facile et d’accessible à tous.  Bien sûr, cette atmosphère s’amenuise à mesure qu’Israël  avance. La relation des israéliens au pouvoir et à leur  gouvernement, s’est considérablement occidentalisée  ces dernières décennies. Mais la ressentir aujourd’hui encore nous rappelle en quoi Israël reste un pays en devenir, et qu’en ce sens, nous devenons en quelque sorte les acteurs aussi petits soient-ils, d'une histoire.
            
      Une dernière marque de la société israélienne m’a étonné. Ce fut, à vrai dire, une surprise à retardement. Elle réside dans l’importance attachée au fait d’être juif, ou plus précisément, que le nouvel arrivant soit juif.  Quelle anomalie à cela, me diriez-vous, dans l’ État juif ?  Certes, mais après avoir découvert cette société laïque, ouverte et chaleureuse, cette soudaine gravité commune à l'ensemble de ses membres a de quoi vous désorienter. On ne parle même pas ici des populations religieuses et de leurs opinions discriminatoires qu'elles parviennent parfois à ériger en loi  (le mariage religieux obligatoire en est un exemple). C'est un élément plus subtile que l'on retrouve à chaque strate sociale et auquel on s'assimile bientôt. De l'incompréhension à s’entendre poser à toute occasion la question, on en vient bientôt à la poser soi-même aux gens étrangers que l'on rencontre: Are you Jewish? Bien sûr, aucune animosité en cas de réponse négative ne vous sera démontrée, mais plutôt, une légère différence de ton, peut-être inconsciente, qui relève cet état d’esprit commun à l’ensemble des (juifs) israéliens: un juif en Israël est un frère qui revient. Il est d’ailleurs surprenant de constater que les israéliens ont beaucoup de mal à saisir le conflit intérieur que peut connaître un membre de la diaspora entre le fait d’être juif et celui d’appartenir à une nation, autre que celle du peuple juif.  Pour eux, un juif vient de France, du Royaume Uni ou d’Allemagne, mais n’est pas français, anglais ou allemand. La question suivant à celle du Jewish or not Jewish est d’ailleurs souvent exprimée en hébreux : Meain ata ? (ou avec la faute de grammaire courante mieifo ata ?). Cela veut dire d’où tu es ?, et appelle une réponse du type : de France. Ou en d’autres mots, mon pays d’origine, mon pays de départ est la France. Si vous êtes juif, la réponse אני צרפתי, ani tsarfati, je suis français, est hors contexte. Et hors contexte également la question des plans futures en Israël si vous ne l'êtes pas.

vendredi 24 juin 2011

Prochaine flottille vers Gaza: parlons en maintenant !

Une autre flottille humanitaire est sur le point de prendre la mer en route pour Gaza. Malgré l’abstention turque, Free Gaza Movement a réitéré sa détermination.  Si l’annonce du gouvernement israélien ne change pas d’un iota de la position prise lors de l’été dernier, et utilise une propagande quelque peu vulgaire (les mots hatred flottilla semble vraiment hors de propos) ; la société israélienne est plus divisée sur la question. On en parle d’ailleurs davantage que dans l’hexagone: un article dans les principaux sites médiatiques israéliens sur le sujet recueille au bas mot une cinquantaine de commentaires et opinions, dont de nombreuses critiques à l’encontre du blocus économique, alors que l'unique article du Monde faisant état de la volonté israélienne d'intercepter la flotte n'a donné lieu qu'à trois pauvres remarques, béotiennes et antisémites. Alors certes, cela concerne Israël au premier chef, mais lors du drame de 2010, les Français se sont soudain passionnés pour l’affaire, en condamnant virulemment Israël. Un peu facile de s’intéresser à un sujet seulement après son dénouement sanglant. Ce post a donc pour principale but de lancer quelques pistes à une réflexion ex-ante quant à la légitimité et les objectifs des deux bords.

Dois-t-on considérer que les objectifs de l’expédition sont humanitaires ou politiques et médiatiques ? Ne nous y trompons pas : la flottille a pour but de dénoncer le blocus et d’attirer dessus le regard de la communauté internationale. Comme me l’a confié Gideon Levy (journaliste et pourfendeur de la politique israélienne à l’égard des palestiniens depuis de nombreux années), la portée humanitaire est symbolique. Pour autant, le but paraît légitime, pour ceux qui considère le blocus comme illégal et inacceptable. On s’explique alors pourquoi les activistes refusent de laisser contrôler leur cargaison par les IDF: ceci reviendrait à reconnaître un droit de regard, et donc de blocus, à Israël : précisément ce droit pris de force que les activistes cherchent à dénoncer. Une autre conséquence directe et - presque- paradoxale : les activistes  ont intérêt à se voir stopper par Israël, et si possible avec violence et affrontements, puisque c’est là le meilleur moyen de faire parler d’eux, et de rallier à leur cause gouvernements et citoyens du monde.

Pourquoi, peut-on se demander alors, Israël s’obstine à les arrêter ? Selon Gideon Levy, rien  ne le justifie. Israël n’a ni droit, ni intérêt à stopper une flottille, qui arrivée à Gaza, ne ferait plus parler d’elle. On peut cependant être sceptique devant un tel argument: une flottille passée serait une reconnaissance implicite par Israël de l’iniquité de son blocus et aurait peut-être pour conséquence une multiplication de tentatives de convois vers Gaza. Je ne discute pas ici de la légitimité ou de l’efficacité du blocus. La discussion est complexe et fera peut-être l’objet d’un prochain post. Loin d’être son défenseur, je pense cependant que restant aujourd’hui la politique d’Israël, la marge de manœuvre est réduite : une intervention a des conséquences négatives sur ce que pensent ses amis, une non-intervention aurait des conséquences dangereuses sur ce que pensent ses ennemis. Le "moins pire" est clairement la première option.

Ma conclusion est donc la suivante : 1. Cette expédition a un but médiatique et non humanitaire, qui du reste est nécessaire. 2. Israël n’a que peu d’option et se prêtera, à tord ou à raison, une nouvelle fois et pour le pire, à la provocation des activistes. Le désagrément causé par l’opprobre international pèse moins lourd dans la balance du gouvernement israélien que la peur de paraître aux yeux de son peuple et de ses ennemis, un pouvoir faible et malléable. 3. D’où ma question: pourquoi attendre d’éventuels nouveaux morts ou des blessés pour parler de Gaza, et dénoncer le blocus ? Les vrais amis d’Israël et des palestiniens, gouvernement, ONG ou société, ne devraient pas attendre un nouvel affrontement, et prendre les devant en France et ailleurs, pour exercer une véritable pression politique sur Israël et lui faire reconnaître l’inutilité et la cruauté du blocus économique, ce qui du même coup, rendrait obsolète une telle provocation. Oui mais voilà, il est à croire que seul le sang versé appelle à verser l’encre. Triste état des choses dans notre monde-spectacle gavé de violence.

vendredi 17 juin 2011

La Guerre du cottage aura bien lieu

Depuis le début du mois de juin, il souffle en Israël un vent de révolte à propos d'un sujet qui fâche aussi chez nous: le fromage! Ou plus précisément son prix. Un appel au boycott du cottage, fromage blanc grumeleux, étendard de la gastronomie israélienne a été lancé et regroupe déjà sur Facebook plus de 70.000 membres. Ce mécontentement fait suite à l'annonce au mois dernier d'une augmentation des prix des produits laitiers. De l'ordre de 5%, cette augmentation est surtout choquante car elle apparaît coordonnée entre les trois géants du secteurs Tnuma, Strauss et Tara. Profitant d'une situation d'oligopole, de l'absence de concurrence étrangère et de la libéralisation des prix opérée en 2006, ces compagnies n'ont cessé ces dernières années d'agrandir leur marge. Aujourd'hui les yaourts israéliens valent le double de ceux achetés en France, le fromage blanc est quant à lui près de deux fois et demi plus cher. C'est le cas de le dire: Tnuma, Strauss et Tara se font du beurre sur le dos du consommateur israélien. La grogne populaire est alors la conséquence d’un effet « ras le bol», la dernière augmentation étant en quelque sorte la goutte de lait qui fait déborder le vase. Certains vont d'ailleurs jusqu’à interpréter le boycott comme la manifestation israélienne du « nouveau printemps » qui touche les pays du Moyen- Orient.

Le boycott a déjà eu un certain impact dans la sphère politique. Si le gouvernement se refuse à discuter la restauration de prix-plafonds il a revanche annoncé que les contrôles encore existants ne seraient pour l’heure pas supprimés. Benjamin Netanyahu et le Ministre israélien des Finances, Yuval Steinitz, ont déclaré qu’ils étudieraient la possibilité d’une autorisation de l’importation de produits laitiers. Il s’agirait, selon Steinitz, de la plus sûre façon de faire baisser les prix des produits laitiers en Israël. La commission économique de la Knesset a prévu une discussion sur les prix alimentaires pour la semaine prochaine.

En réalité, la guerre du cottage soulève en Israël la délicate question de la protection du secteur agricole en général et des produits frais en particulier, dont les importations subissent des quotas et des taxes très contraignantes. Une des raisons, commune à d'autres pays, est la volonté politique de protéger ses producteurs et son agriculteur, au détriment du pouvoir d'achat de l'ensemble de la société. Mais il ne faut pas oublier qu'en Israël, la question d'autarcie alimentaire est également un enjeu de sécurité, si en cas de conflit ouvert, l'approvisionnement par les ports se faisait impossible.

Toujours est-il que ce matin, une promo spéciale était réalisé sur le cottage: deux pots pour le prix d'un. De quoi faire fléchir les boycotteurs ? Gageons que non.

dimanche 29 mai 2011

Les petits riens à Tel Aviv_1.

(en aparté)
יום המשפחה טוב, אמא. כאשר אני חושב ,את בראשי. כאשר אני קורא, את בעיני
כאשר אני אוהב,  את בלבי.  תמיד וחזק

On l'a déjà dit, Tel Aviv est une ville très occidentale. Elle s'apparente à bien des égards à une ville méditerranéenne de nos rivages. Pourtant, dans le paysage, certains petits riens ne trompent pas, et font de Tel Aviv, selon notre chance et notre humeur, une ville israélienne, une place cosmopolite ou encore, un lieu à part et sans pareil (comme le sont, chacune à leur manière, toutes les grandes villes). Je propose donc de vous égrener à l'occasion ces petits riens qui nous surprennent un temps avant de se fondre dans le décor. Aujourd'hui, incontournables et communs aux autres villes d'Israël, j'ai nommé les cheyrouts.

Tel Aviv et sa périphérie n'ont pas de métro, et par conséquent disposent d'un système de bus phénoménal, labyrinthique et pour finir incompréhensible. Mais la particularité de ce réseau tient au fait qu'il est doublé de transports communs privés, sorte de taxis collectifs, appelés les cheyrouts. Le prix de la course est en général légèrement inférieur au ticket de bus (6 au lieu de 6,4 shekels) et les cheyrout présentent l'incomparable avantage de fonctionner jusqu'à 2-3 heures du matin ainsi qu'à Shabbat ou durant les (nombreux) jours fériés. 

Alors que les bus ont la même morphologie que ceux que l'on rencontre dans l'hexagone (en un peu plus défoncés), les cheyrouts sont des minibus jaunes et le nombre de place y est limité à une dizaine de places. Il ne faut alors pas s'étonner de voir un cheyrout ne pas s'arrêter lors que vous lui faites signe du trottoir, de la manière israélienne et autoritaire qu'il convient. Si vous avez de la chance le bus s'arrêtera à votre hauteur, et le conducteur vous ouvrira la porte à l'aide d'une sorte de bras télescopique actionné de son siège. Ne vous attendez pas cependant à un sourire,- à moins que vous ne soyez une séduisante brune en mini short et brassière-, et dégainez rapidement vos six shekels. Durant le trajet, réfrénez votre envie de vous plonger dans un bouquin ou de vous laisser aller à votre musique, car les cheyrouts déboulent et ne marquerons pas l'arrêt que vous convoitez, si vous ne le signalez pas.

Mais malgré ces petits désagréments de routine, les cheyrouts sont sans conteste un moyen de transport économique et rapide. Leur existence est sûrement pour beaucoup dans la conservation de tarifs très acceptables pratiqués par les taxis "conventionnels", alors que Tel aviv connaît par ailleurs un indice de prix similaire voir supérieur à Paris. Une idée à prendre pour notre chère capitale ?





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samedi 28 mai 2011

Le torchon brûle à Lag Ba'omer!

Ce blog fait pâle figure face à la vraie Tel Aviv, la ville qui ne s'arrête jamais. Je tâche donc aujourd'hui de réparer mon manquement envers vous, fidèle (et précieux) lecteur.

Le week-end dernier a eu lieu Lag Ba'omer, 33 jours après Pessah, comme son nom l'indique. En effet, le Lamed a trente pour valeur numérique et le Gimel  trois. Deux lettres et deux chiffres donc, pour une fête qui se résume aussi en deux mots: feux de camps et pèlerinages. Des mots qui témoignent une nouvelle fois de la dichotomie entre les judaïsmes religieux et séculaire en Israël.

Les feux de camps (médoura, מדורה) s'organisent dans tous le pays. La tradition est si suivie, que la nuit des médourot préoccupe le gouvernement israélien. Outre les nombreux commencements d'incendies que la fête  engendre,  le ciel au petit jour est gris cendre et pourvu d'une concentration en gaz carbonique susceptible d'être nocive!  Rien que dans le grand parc de Tel Aviv une bonne centaine de médourot se repérait de visu. On y fait cuire  la viande et des pommes de terres par douzaine, on y chante les chants de la victoire de Lag Ba'omer, mais le principal reste de faire la fête. Comme plaisantait un jeune homme "All Jewish Holyday comes down to: They tried to kill us, we won, let's eat! ". Si on peut discuter la pertinence du raccourci historique, cette phrase dénote un état d'esprit typique du jeune israélien. Être juif, pour eux, ne revient pas à détenir au sein d'une communauté restreinte une masse de connaissances et de pratiques ordonnancées et obscures pour l'éventuel spectateur extérieur. Le savoir du garçon en question paraissaient en l'occurrence flou et plutôt limité. "Etait-ce les grecs ou les romains? La période? Alors là..."  Non, être juif, c'est partager une fête et la joie qui s'en échappe, et si le souvenir y a sa place, il reste vague et pour tout dire mythologique. En ce sens le judaïsme séculier apparaît être bien plus inclusif, que celui qu'on a en tête, le judaïsme religieux, dont la quasi-impossibilité d'accès est proverbiale.

Mais Lag Ba'omer, c'est aussi des pèlerinages religieux en masse vers les tombes des justes (qui sont ici les acteurs de la révolte juive commémorée à Lag Ba'omer), et dont la principale destination est le mont Méront. Le 33ème jour figure comme une date charnière dans le décompte du omer, et régit encore dans la vie des pratiquants maints principes et activités quotidiennes. Il est par exemple interdit de se marier ou de se raser entre Pessah et Lag Ba'omer, qui est alors un jour très prisé par les jeunes fiancés, pour ne rien dire de nos amis barbiers.

Pour la petite histoire, le hasard du calendrier a cette année compliqué les choses: Lag Ba'omer tombait un Shabbat! La controverse faisait rage entre les plus vénérables rabbins pour savoir de dimanche ou de samedi, quel jour consacrer à la fête.